An 10 du nouveau calendrier des colons

"Je suis le vide"


La phrase a retenti dans l’esprit de tous les colons. 

À l’approche de la Foire, déjà ils sentaient leurs âmes s’arracher lorsqu’ils se rassemblaient en groupes trop nombreux. Quelque chose - ou quelqu’un - griffait l’intérieur de leurs êtres pour en extraire ce qu’il y avait de plus précieux. 

Après un voyage hasardeux, les mines fatiguées et le pas lourd, les colons arrivèrent à bon port. Plusieurs camps constatèrent devant leurs portes l’apparition d’un Pylône, vecteur du mal qui les prenait au corps. Quatre étaient sortis du sol à des endroits différents, devant la porte d’Edenorya, devant celles de Vendavel, face au Camp Primal, et enfin non loin du Cercle de Rituel. 

Les premières recherches furent laborieuses. Après de vaines tentatives à essayer de décrypter en vain une quelconque maladie, d'autres approches furent tentées.
Certains experts affirmèrent alors qu'une toile ritualistique d'une grande technicité avait été tissée tout autour de l'Île en un Rets des  mes. Ce dernier avait pour fonction de capter dans un premier temps les âmes des défunts au moment de leur mort. Ensuite, il les infusait dans la dépouille gigantesque qu'était l'Archiviste. L'idée fut émise qu'il s'agissait là d'une mesure extrême afin d'éviter la déliquescence totale du corps mort de l’Île. Enjeu ou simple symptôme, force est de constater que les nécroses et putréfactions qui assaillaient des régions entières semblent enfin avoir cessé. Hasard ou volonté, ce rets prenait les agglomérations de colons pour une concentration d’âme puissante, et ainsi cherchait à arracher cette âme pour la renvoyer dans l’Archiviste. 

Les âmes se retrouvaient ainsi hors d’atteinte du Vide. Spolié de ce qu’il considère comme étant sien dans l’ordre cosmique des choses, ce dernier envoya ses agents contacter les colons pour leur proposer assistance et moyens en contrepartie d’une aide équivalente. Devant leur refus de coopérer, il envoya ses créatures corrompre les pylônes tour à tour par la force.

Des créatures du Vide se manifestèrent à plusieurs reprises devant les pylônes, toujours selon la même configuration. Des humanoïdes en robe blanche incantaient autour de la construction, cherchant à apposer la marque du Vide sur celle ci. Tout autour des combattants au visage impersonnel s’occupaient d’affronter les colons pour gagner suffisamment de temps afin que la corruption s’installe. Seule la destruction de tous les combattants permettait de faire se dissiper le Vide et ainsi d’éviter de voir perverti les pylônes.

Bien que certains colos succombèrent aux sirènes du Vide, la plupart l’affrontèrent farouchement. Entre marqués volontaires et involontaires, les frictions s'intensifièrent au sein de chaque Camp, idéologies s’opposant aux convictions. 

Un Avatar du Vide se matérialisa au sein du Camp du Pacte des Empires du Levant afin de les pousser à rejoindre sa cause. La Reine, sentant sa présence, s’y était rendue également. L’Avatar exposa son but, et rappela qu’il ne voulait nul mal aux colons qui le suivraient. La Reine rappela alors que la chute de Kersis’kal, la civilisation qui jadis prospérait sur Kandorya et dont elle est la souveraine, était la faute de cet ennemi de blanc, et incita les colons à ne pas poursuivre ce qu’elle appelait “les erreurs du passé”. Les Éturiens firent le choix de ne pas suivre le Vide, et durent en subir les amères conséquences peu après, essuyant plusieurs assauts de la part du Vide courroucé. 

Mais à la tombée de la nuit du premier soir, le Vide avait pu corrompre presque tous les pylônes malgré la résistance des colons. L’urgence de la situation força une marche à suivre ; les Entités en présence - Cornélius des Totémiques, la Reine Elia’is Pragma, le Dragon Rouge Airain, et les Quatuor Angélique et Daemonique que forment Crosyus, Fortunus, Néros et la Gardienne des Secrets - firent savoir aux colons qu’un rituel de grande ampleur devait avoir lieu. 


Celui-ci devait être effectué en simultané sur tous les pylônes, qui tous subiraient l’ire du Vide tour à tour. Il allait falloir tenir, être efficace, et être coordonné. Dans chaque Camp, plusieurs colons prirent à charge de mettre en place le Rituel de Stabilisation, qui avait pour vocation de calmer les énergies du Rets, en harmonisant les pylônes entre eux, tout en empêchant le Vide de parasiter les âmes servant à maintenir l’Archiviste en un état de cohésion partielle. Quatre rituels simultanés devaient être menés, chacun sur un pylône. Tous devinèrent que cela allait attirer l’attention du Vide qui enverrait alors ses créatures. Il fallait simplement tenir suffisamment de temps et basculer l’énergie de pylône en pylône pour que le Ret puisse être stabilisé avant que le Vide ne réussisse à venir à bout des défenseurs.

Néanmoins, cela n’empêcha pas certaines puissances de poursuivre leur propre agenda : lourdement affaiblie par un rituel hasardeux réalisé afin de placer une protection sur le Pylône des Primordiaux - le seul ayant échappé jusqu’alors à toute corruption du Vide - la Reine les prit en grippe et porta la guerre à leurs portes. Cornélius, ainsi qu’un elfe de blanc vêtu, inconnu jusqu’alors, s'interposent face à la rage de la Pragma : le Totémique lui demanda de faire front commun au Vide avec lui, et malgré sa morgue, celle-ci accepta lui prêter main forte au moment propice. 

Peu avant l’attaque, le Camp Primordial s’était trouvé également au carrefour de volontés contraires : Airain, ainsi que Kovaris, s’opposèrent à Cornélius accompagné de la fille de Kfar, Ninawatah. Un elfe, surnommé “l’Ancien”, se présenta aussi aux Primordiaux pour contrer la rage d’Airain. Les Dragons venaient pour la réalisation d’un objectif qui était impensable dans les yeux de leurs opposants. Airain jura balayer tous ceux qui se mettraient sur son chemin alors que le Totémique restait calme et posé, maître de ses mots et de ses gestes. 
Avant que cela ne dégénère, un accord fut trouvé et les Champions des Dragons et des Totémiques s’affrontèrent pour leurs Maîtres. A la fin du combat, des 20 champions, un seul demeurait debout, l’armure lardée de coups. Celui que l’on appelle l’Autre, l’obsidien blanc, ressortait vainqueur de l’affrontement. 

Ailleurs, des tensions virent le jour au sein des séides de Crosyus, Fortunus, et Néros. Unis contre le Daemon du Jeu, le conflit résidait sur qui viendrait à dévorer son pouvoir. Après plusieurs affrontements et négociations, il fut convenu que la Gardienne des Secrets serait celle à s’approprier sa puissance : et à la destruction du Daemon, elle s’éleva en nouvelle puissance parmi le Dominion Unifié, nouvelles couleurs des suivants des Dieux du Dominion. 


Au sein de la Cour des Os, les festivités données en l’honneur de la Reine furent interrompues par un étrange présent : un miroir, rapporté par des colons invités. Un cri strident retentit en travers de la Plaine ce soir, et seuls les présents surent ce qui apparut au cœur de celui ci. Néanmoins, tous constatèrent que le lendemain, les blessures occasionnées par la Reine s’étaient refermées, et son comportement vindicatif apaisé … pour un temps.

La présence des Entités et Puissances - et surtout leurs intentions - inquiétait cependant certains des colons. Au sein de la cité d’Edenorya, un rituel de magie Guildienne fut mené afin de prémunir la ville contre de possibles attaques de ces puissantes créatures. Il semble que maintenant, les capacités offensives des Entités soient diminuées au sein des murailles de la cité - comme c’était le cas il y a quelques années.

Le port, terrain de prédilection des pirates, fut également la cible d’une attaque de la part du Vide. Dérangé par l’outrecuidance des pirates, ce dernier envoya plusieurs de ses créatures s’en prendre aux forbans des mers. A la démesure de la puissance du Vide répondit l’acier et la poudre, tous deux portés par un chant repris sans cesse, toujours plus fort, malgré les corps fauchés les uns après les autres. Avant de se dissiper, le Vide annonça clairement ses intentions. Il ne souhaitait pas tuer les colons, simplement récupérer ce qui lui revient de droit. Ils pouvaient être avec lui ou contre lui.

A l’intérieur des différents camps, la préparation du rituel avait lieu… Vendavel et ses habitants commencèrent à créer un artefact capable de stocker de l’énergie pendant que les ritualistes finalisaient l’agencement du rituel.
Certains ailleurs décidèrent que ce n’était pas leur combat et que le Vide pouvait bien prendre ce qu’il voulait. Cela ne leur posait pas de problèmes car ils pouvaient continuer leur petite vie dans leur coin étant donné qu’il ne voulait pas leur mort.
Un affrontement de grande ampleur eut même lieu entre les colons. Une armée combinée des suivants de la Reine Elia’is, des serviteurs du daemon Néros et du Méridion firent le siège du Protectorat. Le combat fut acharné mais à la fin, le Protectorat dû s’avouer vaincu et plier temporairement genou.

 

LE RITUEL

Vint alors la conclusion, le grand moment auquel certains s’étaient préparés.
Les 4 rituels autour des pylônes commencèrent simultanément tandis que les guerriers se rassemblaient pour affronter le danger qui n’allait pas tarder à survenir.
Cela commença à Vendavel.
Les blafardes silhouettes habillées de blanc se matérialisèrent pour s’élancer vers le cercle défensif. Ils furent cependant repoussés par le courage des combattants. 
Mais ce n’était pas fini. Le Vide se matérialisa à nouveau, plus fort, et repartit à l’assaut. Plusieurs combattants tombèrent à cet instant mais les assaillants furent une fois de plus repoussés.
Une nouvelle vague apparut, encore plus forte que la précédente. Visiblement, le Vide gagnait en puissance à chaque instant. Alors que tout semblait perdu, un afflux d’énergie provenant des autres cercles de rituels vint soigner les blessures des combattants. D’autres donnaient de leurs énergies vitales et mystiques afin de permettre à Vendavel de tenir plus longtemps.
Un nouvel assaut plus tard, le point de rupture fut cependant atteint. Les ritualistes du pylône de Vendavel basculèrent l’énergie au suivant, espérant avoir gagné suffisamment de temps…

Le point suivant fut à mi chemin entre les serviteurs du Dominion et le Protectorat. Le combat là encore fut acharné et les 4 puissants Angelus et Daemon combattirent de concert aux côtés des mortels. Mais même eux n’auraient pu tenir très longtemps si partout ailleurs les colons autour des autres pylônes n’avaient pas transférés leur énergie vitale pour soigner les plaies des guerriers au cœur de l’action. Les ritualistes sur place, avides de gagner quelques précieuses secondes prirent un grand risque et ne transférèrent que tard l’énergie au point suivant. A tel point que l’un d’entre eux tomba sous les coups des créatures du vide.

Le pylône du camp Primo fut le théâtre d’un affrontement extrêmement violent. En effet, les défenseurs - fortement affaiblis par l’aide conséquente qu’ils avaient fourni en soutien aux autres cercles - furent surpris de dos par les créatures du Vide et malgré l’aide de leurs congénères des autres rituels et le soutien de Cornélius, ils ne purent tenir très longtemps.
De nombreuses vies se terminèrent lors de ce combat, que ce soit directement sous les lames du Vide ou ailleurs quand des gens donnèrent leur dernier souffle pour soutenir coûte que coûte le camp Primo et la Cymbroghi.

Et tout se termina devant la ville. La garnison, les morts vivants, les serviteurs des dragons et bien d’autres, soutenus par la Reine et le Dragon Rouge temporairement alliés luttèrent également contre les dernières vagues de créatures du Vide. Dans le cœur de la nuit, les derniers assauts furent repoussés. Suffisamment de temps avait été gagné et tous ensemble, les colons avaient efficacement lutté.

Partout dans les camps l’on soignait ses blessures, pleurait ses morts ou préparait de nouveaux plans pour la suite. La menace avait été repoussé et la vie allait reprendre son cours. Ou peut être pas…
Tous ils le sentirent. Les ritualistes, les mages et même ceux avec une faible affinité avec la magie. Quelque chose se rassemblait, une sensation de danger extrême s’empara tous les esprits alors que la peur gagnait les habitants de Kandorya.
Ceux encore vaillants se dirigèrent vers le point focal, une zone dégagée devant les portes du camp Eturien.

Dans un grand flash lumineux ils apparurent. Une nouvelle rangée de soldats du Vide cette fois précédés par deux Avatars. Ces êtres surpuissants que l’on avait déjà vu dans la plaine se dressaient face aux mortels, auréolés de puissance. Un cercle blanc enrobait la scène, empêchant les colons d’approcher.
S’avancèrent alors les Entités. Airain, le Dragon Rouge, Elia’is Pragma, la Reine, et Cornelius, le Totémique simiesque, tous prêts à faire face à leur ennemi commun.
Faisant une entrée fracassante, Crozyus, menant les 3 autres Angelus et Daemons majeurs pénétra dans le cercle pour se précipiter sur les avatars, avide de conflit. Il fut repoussé et alors même que les autres s’élançaient dans la bataille ils furent également projetés sur le côté, trop faibles pour affronter les incarnations du Vide
Le Totémique s’avança alors face aux avatars et se tourna vers la Reine s’adressant à elle calmement, demandant son soutien :
 - Elia’is, c’est maintenant. 
Avant qu’elle ne puisse faire un mouvement, le Dragon parla également, sa voix était forte, empreinte d’un contentement visible.
 - Elia’is, c’est maintenant !
Et la Reine ne bougea pas. Le visage fermé, comme si elle prenait une décision qu’elle ne souhaitait pas totalement, la Pragma serra plus fort Non Vie, l’arme légendaire, et n’esquissa pas d’autre mouvement.
Un grand sourire naquit sur les lèvres d’Airain tandis qu’il se tourna vers l’Homme Singe. 
 - Tu vas te battre ce soir Cornelius, que ce soit contre le Vide ou contre moi.
Le Totémique regarda autour de lui, marquant un arrêt en contemplant les vies rassemblées ici. Le combat était inévitable mais qu’allait il choisir? Cela fut tranché sur ses mots suivants alors même que d’un geste il englobait l’assemblée.
 - Oui je vais combattre. Et je choisis de les défendre. Eux. 
Il s’avança alors et virevoltant, bondissant, esquivant, il combattit seul contre les deux avatars. Plusieurs fois sa lame toucha sa cible mais l’affrontement était par trop déséquilibré. Comprenant le dénouement inéluctable, Cornélius marqua un temps d’arrêt pour emmagasiner de l’énergie. Temps que les avatars mettent à profit pour l’embrocher de leurs lances.
Les mortels retinrent leur souffle et, alors que le Totémique s’effondrait, un cri de détresse jaillit de la bouche de certains Cymbroghis. Mais sa mort même faisait partie du plan de Cornelius… Alors même que la vie s’échappait de lui, il libéra son énergie et souffla les deux avatars qui s'effondrèrent également au sol, temporairement affaiblis.
Tandis que le corps de l’Homme Singe touchait terre, le Dragon Rouge et la Reine se mirent à incanter, incitant les colons à agir pendant qu’ils profitait du temps que leur avait donné Cornelius pour contenir la puissance des avatars.
Des ouvertures se firent alors dans le cercle, permettant à quelques champions parmi les colons de passer.
Les duels s’enchainèrent, champions des mortels contre créatures immortelles. Lorsque l’un des colons tombait, une créature sortant des ombres pour le tirer à l’écart, mettant son corps en sécurité. Bien que prudent, le Dragon Noir œuvrait à sa manière.
Nombreux furent les champions à combattre. Les Entités avaient fait tout leur possible, c’était maintenant aux colons de montrer leur valeur et de faire pencher la balance. Après de longues minutes, le dénouement fut sonné. Les coups combinés de plusieurs champions vinrent à bout du dernier avatar qui se dissipa, ne laissant derrière lui que les cadavres de ceux qui étaient tombés.

 

Une odeur marine emplit alors l’air et tous les protagonistes s’écartèrent pour voir apparaître au dessus du corps de Cornelius, un être au visage garni de tentacules et portant un tricorne. Océanos, le Passeur, était venu chercher la dépouille de son frère. Tandis qu’une sensation de tristesse infinie emplissait l’air, les deux disparurent, emportant le souvenir de celui qui s’était sacrifié.
Une voix emplit l’air, forte et emplie de la puissance de l’inéluctable :
“Je suis le Vide. 
Je suis venu récupérer ce qui me revient de droit, ce dont je suis spolié. 
J’ai tendu la main et proposé de vous aider contre ces Entités contre lesquelles vous luttez. 
Vous avez décidé de vous opposer à moi. Car oui, c’est VOUS qui avez réussi à atteindre ce résultat, pas les entités, pas d’autres forces. Vous mortels.
Cela ne restera pas sans conséquences. Ce que je n’ai pas pu prendre ici, je le prendrai ailleurs. Car c’est ainsi. 
Je suis le Vide. Et je suis Inéluctable.”

La voix se tue et le calme retomba sur Kandorya.

 

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